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  • Photo du rédacteur: Henitsoa
    Henitsoa
  • 12 déc. 2022
  • 2 min de lecture

Envie d'évoquer « Plus que jamais », le film réalisé par Emily Atef, présenté au Festival de Cannes 2022, dans la sélection officielle d'«un certain regard ». Cette histoire nous embarque au côté d’un couple de jeunes trentenaires, Hélène (Vicky Krieps) et Matthieu (le regretté Gaspard Ulliel), qui s’aiment depuis plusieurs années et qui se retrouvent soudainement confrontés à une grave maladie.

Autant bouleversant que lumineux, ce film nous fait traverser bien des émotions avec les sentiments contradictoires qui habitent tour à tour chaque personnage. D’une angoisse perceptible dans les paroles et gestes maladroits de l’entourage amical (« personne ne sait comment faire face à cette situation-là ») à l’entêtement de Matthieu d’encourager sa bien-aimée, atteinte de fibrose pulmonaire, à s’accrocher coûte que coûte à l’espoir entretenu par l’annonce d’une possible opération qui pourrait retarder le compte à rebours de sa disparition prématurée.


A l’image des sourires et de la complicité qui rayonnent sur la belle affiche du film, au cœur de la splendide nature norvégienne apaisante, l’histoire contée respire profondément la Vie!


Le film interpelle sur la complexité des attitudes face à la mort qui est inéluctable et souligne l’importance d’écouter la volonté de celui ou celle qui s’éclipsera à l’insu de son plein gré, en invitant à avoir le courage de se dire les choses…pour vivre aussi bien que possible la fin de vie et pouvoir exprimer librement les véritables souhaits. Aussi douloureux soient-ils pour celui ou celle qui reste : « J'ai besoin de partir pour retrouver un peu de légèreté », « je veux faire ce voyage même si t'es pas d'accord ».


« Plus que jamais » est un poignant hymne poétique à la Vie, qui bouscule à fleur de peau et qui invite à s’interroger sur l’acceptation des décisions de ceux qu’on aime, animés par leur volonté propre de vibrer la vie à leur manière, alors qu’on prend pour acquis de les garder à tout prix auprès de soi. A l’exemple de Matthieu, éperdument amoureux et impuissant, qui ne peut / ne veut entendre le cri de sa femme : « Toi, tu dis que tu veux faire ta vie avec moi ! Mais moi, je peux pas ».


 
 
 

Quelle excellente et émouvante soirée vécue au théâtre de Bobino le mercredi 23 novembre, à l'occasion de la finale du concours de l'éloquence du bégaiement. Un évènement, accessible aux personnes sourdes et signantes, partagé par 900 personnes dans le public à la découverte de discours authentiques de 6 finalistes aux plumes inspirées.


La prise de parole en public est une des « peurs » les plus fréquemment citées quand la question se pose. Et, l’existence d’un concours d’éloquence du bégaiement m’a interpellé.


Déjà impressionnée par les parcours de jeunes étudiants dans le documentaire français « à voix haute » (2016) évoquant le concours «Eloquentia » à l’université de Saint-Denis pour élire le meilleur orateur du 93, la perspective de défendre son point de vue tout en composant avec des troubles de la parole, est une invitation à ouvrir le champ des possibles.


Quel florilège d’émotions en assistant à cette palpitante aventure humaine de Sami, Gaëtan, Sara, Halima, Guillaume et Maëva, au cœur d’une salle remplie de 900 personnes, impatientes comme moi, de voir la parole se libérer, et nous bousculer.


La soirée de la 4ème édition du concours d'éloquence du bégaiement, en présence de l'avocat et spécialiste de l'art oratoire, Bertrand Périer (membre du jury), démarre par quelques mots d’introduction de Mounah Bizri, président de l’association « l’éloquence de la différence » visant à « réinventer l’éloquence pour promouvoir l’acceptation de la différence » à travers des formations et des concours d’éloquence.


Créer cet évènement, c’est parler du bégaiement (trouble de la parole qui se manifeste par la répétition saccadée d’une syllabe et l’arrêt involontaire du débit des mots) de manière positive, comme une aventure humaine pour oser être soi, différent et unique ! Et ne plus vivre le bégaiement comme une souffrance et une source de frustrations et de freins dans la vie ; mais comme une manifestation de la persévérance, de la ténacité et de courage.


Ce concours, c’est donner l’opportunité aux personnes qui bégaient de monter sur scène, de se livrer avec leurs tripes, et de gagner confiance en leur parole et leurs mots progressivement… au fil des épreuves menant à la grande finale, au fil d’entraînements avec des orthophonistes, des spécialistes de l’art oratoire pour faire attention à leur regard, leur posture et leur gestuelle pour oser (enfin) être pleinement soi !


C’est être fier(e) de participer, de s’exposer et d’avoir osé partager des choses authentiques en écrivant un discours qui leur ressemble, et qui vibre de manière universelle. C’est avoir envie d’être compris et de ne pas être prisonnier(e) des mots qui trébuchent. L’éloquence leur permet de s’exprimer enfin, et d’arrêter d’être des victimes pour cheminer vers l'acceptation et l'affirmation de soi. En effet, Mounah Bizri souligne qu’« au-delà du trouble de la parole, le bégaiement est un handicap pour communiquer et a un réel retentissement sur la vie sociale ».


A l’issue de la finale captivante et touchante, ayant pour thèmes à argumenter : « Faut-il chercher à décrocher la lune » ; « y a-t-il un sens à la vie ? » et « la parole est-elle le propre de l’homme ? », ont été décernés 6 prix : le prix de l’émotion, de l’humour, de l’originalité, de l’engagement des idées, de la plume, et celui de l’authenticité.


Et le grand prix du jury a été attribué à Gaëtan qui nous a fait rire et ému par sa vulnérabilité, et dont le plaisir de s'exprimer et de partager était évident.



 
 
 

Après la bouleversante surprise en salles obscures « Girl » en 2018, primée de la « caméra d’or » à Cannes, j’étais impatiente de découvrir le deuxième long métrage « Close », du réalisateur belge trentenaire, Lukas Dhont.


Le film démarre par des murmures puis deux ombres qu’on entrevoit dans un bunker, avant leur échappée belle au milieu de la nature, et que la lumière jaillisse de l’écran avec la joyeuse course folle de deux jeunes garçons au milieu d’un champ de fleurs colorées.


Le décor est planté avec cette douce ambiance animée par les jeux et rires de l’enfance : plaisir certain de Léo et Rémi, 13 ans, de partager du temps ensemble, de sprinter plein sourire à vélo, de refaire le monde en dormant ensemble régulièrement, en agissant comme des frères très affectueux naturellement l’un envers l’autre. De plus l'intégration de Léo dans la famille de Rémi, au coeur des repas familiaux chaleureux où chaque membre se taquine naturellement contribue à accentuer l'intensité de cette jolie relation.


Et puis, vient le temps de l’entrée au collège, où brusquement cette forte amitié masculine, et son flot de gestes tendres (tête déposée sur l’épaule, sourires complices, corps qui se frôlent lors des siestes sous le soleil) est chamboulée dans la cour de récré par le jugement des autres : « Est-ce que je peux poser une question ? Est-ce que vous êtes ensemble ? » « Non, on est pas en couple ! on est meilleur ami ++ et même quasiment frère » « Peut-être que vous assumez pas ! ».


Ainsi, après les premières minutes parfumées des joies partagées de l’enfance et d’instants d’insouciance, notre regard est saisi par la complicité fusionnelle et sensuelle de Léo et Rémi qui vole progressivement en éclat jusqu'à un drame (im)prévisible. En effet, au fil de leur nouveau quotidien scolaire, le poids des rumeurs, l’ombre des interrogations existentielles de l’adolescence, l’intensité des silences, et l’ampleur des non-dits…creusent irrémédiablement la distance entre eux ; laissant l’un des deux compères, pétri d’incompréhensions de ce changement « brutal » de comportement avec l’éloignement de son meilleur ami.


Dans son nouveau film, Grand Prix du Festival de Cannes en mai 2022, une fois encore intense et bouleversant, Lukas Dhont aborde tout en délicatesse le passage entre l’enfance et l’adolescence et, notamment la fragilité de l’amitié masculine confrontée aux préjugés de la société. « Close » représentera la Belgique aux prochains Oscars 2023.



 
 
 
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